Les lèvres tremblantes devant la mer,
La côte est loin, l’orage est puissant!
Jusque dans mon coeur gronde ce tonnerre!
La lame à la main, les yeux luisants!
Tu m’incommodes de tes blessantes manies,
De te croire aussi supérieur à mon être!
Toujours à te surélever, mon pauvre ami!
Toujours à trop t’aimer, à te croire maître!
Rien dans mon âme ne te laissera voir la peur,
Rien dans mes façons de me laisser épuiser,
Je suis femme à être forte; vois cette lueur,
Qui brille au fond de mes yeux étoilés!
Ainsi à la première vague, au premier mouvement,
Je verrais le brillant du métal transpercer,
Ton corps de chair, que d’un dégagement,
Un geste de femme, caché, mais meurtrié!
Je m’en saoule de tes compliments,
J’en ingurgite par tonne; par tonne!
Je les recrache, les rejette, les vomis.
J’en reçois abusivement de ta part.
J’éprouve trop de différence, trop changée;
Inégale au modèle que tu me dessines.
J’ai l’impression que tu m’enjolives,
Lorsque que je suis simplement moi!
Je ne souhaite qu’être ton égale,
Je ne souhaite qu’être ton amie!
Une femme, un corps, une âme!
Une lacune, une étoffe, une poète.
Des fois, je me sens ailleurs; moi-même.
Comme décalé des couleurs.
Comme effacé par morceau.
Tu dois le sentir, toi aussi.
Malgré le blanc, le gris, le noir.
Je te retiens, je t’apprécie, je t’aime.
Malgré tout, je me sens là, à côté de toi.
Légèrement brouillé, un peu abstraite.
La main sur le coeur, la raison ailleurs.
Comment être certaine que je ne fuis pas?
Comment être certaine que tu ne fuis pas?
Des fois, je me sens ailleurs; des heures.
Comme dans un livre, les yeux ouverts.
La bouche en lune, l’âme en bataille.
Tu dois le sentir, toi aussi?
Des fois, nous sommes ailleurs.
Un peu sans l’autre, pourtant bien là!
Rien que des yeux, des mots.
Nous partageons un moment,
Bien vivant, bien avec toi!
Si le synonyme de liberté est la vie,
Cela me désigne la mort, car je suis en cage.
Que l’amour dans mon coeur soit un fantôme,
Dans mes yeux, il n’y aura que de l’ombre.
Que l’eau se change en sang sous mon corps,
Selon tous à ma mort j’aurais trouvé le bonheur.
Que leur vérité soit fausse selon le paradis,
Le diable de l’enfer me l’aura au moins promis.
Que tout de même je sais que dans mon âme,
Il n’y a plus aucune trace d’espoir qui y brûle.
Que les songes soient les seuls mots de ma bouche,
Je pourrais au moins exhiber mon esprit farouche.
Par jour de tempête, que le vent soit moi-même,
Le monde gardera alors de moi un faible souvenir!